ANAPHYLAXIE

 

La réponse immuno-inflammatoire et ses répercussions en clinique.

 

 

INTRODUCTION

 

L'anaphylaxie [1,2,3] est la plus urgente des manifestations allergiques: on parle d'anaphylaxie quand la réaction est sévère ou implique plus d'un système (respiratoire, digestif, cutané, cardiovasculaire); dans les autres cas, quand un seul système est atteint, on parle plutôt d'asthme, de rhinite, d'entérite, d'urticaire et angioedème. Selon le mécanisme physiopathologique impliqué, on peut distinguer 3 formes de syndrome anaphylactique.

 

Réaction anaphylactique [4,5]:

Elle est causée par la réaction d'un antigène avec un IgE spécifique, entraînant la dégranulation des mastocytes et par conséquent la libération d'histamine et d'autres médiateurs.

 

Réaction anaphylactique ou anaphylactoide à complexe-immun

Une telle réaction peut aussi être causée par des complexes immuns entraînant l'activation du complément et la formation d'anaphylatoxines C3a, C4a et C5a.

 

Réaction anaphylactoide

Il s'agit d'une réaction cliniquement similaire, secondaire à la dégranulation des mastocytes, mais non médiée par un mécanisme immunologique.

Certains auteurs englobent ces 3 entités sous le terme "anaphylaxie"; d'autres distinguent entre réaction anaphylactique et réaction anaphylactoide, et dans ce cas, pour certains on parle d'anaphylaxie seulement si la réaction est médiée par les IgE, pour d'autres ce terme engloge toutes les formes médiées par le système immunitaire, incluant aussi les réactions médiées par des complexes immuns. Pour palier à cette situation, on parle de "syndrome anaphylactique" pour englober toutes ces réactions.

 

HISTORIQUE

 

Les réactions allergiques fatales sont reconnues depuis 4500 ans, entre autre celles secondaires aux venims d'hyménoptère et à certains aliments. On note entr'autre qu'en 2641 avant Jésus-Christ, selon les hyéroglyphes, que le roi Ménès d'Egypte est décédé suite à une piqûre de guêpe ou de frêlon.

En 1902, Richet et Portier rapportent que la seconde injection d'une protéine d'anémone de mer, précédemment tolérée, a causé une réaction systémique fatale. Ils appellent ce phénomène "anaphylaxie", pour le distinguer de la "prophylaxie" habituellement associée à l'injection de produits biologiques. Une étape suivante a été franchie par Arthus en 1921, lorsqu'il constate qu'il n'est pas nécessaire que la substance soit toxique pour engendrer une anaphylaxie.

Puis Lamson, dans une revue de la littérature de 1895 à 1923, retrace 41 cas d'anaphylaxie fatale, dont 38 sont secondaires à l'administration de sérum, dont la majorité sont dus à l'antitoxine diphtérique [6] . Vaughn et Pipes, dans une revue de la littérature de 1923 à 1935, viennent ajouter 68 cas de décès par anaphylaxie, desquels la moitié sont attribués à l'administration de sérum, l'autre moitié étant due à des produits divers, surtout de nature protéique [7] . Puis, avec le développement des vaccins et des immunoglobulines hyperimmunes, la thérapie avec des sérums hétérologues a beaucoup perdu de la vogue.

Vers 1945, la pénicilline a été introduite, et en 1949, on rapporte le premier décès par anaphylaxie à la pénicilline. Puis avec l'utilisation de plus en plus fréquente de ce médicament, il devient vite la première cause d'anaphylaxie sévère chez les humains. Au début des années 60, Parker estime la mortalité par anaphylaxie à la pénicilline aus Etats-Unis à 100 à 500 par an [8] .

 

EPIDEMIOLOGIE

 

Actuellement, environ 1% des patients recevant un traitement à la pénicilline va présenter une réaction allergique légère, 1/2500, une réaction sévère, et on estime aux Etats-Unis à environ 400 à 800 le nombre de décès annuel du à une réaction à la pénicilline. Environ 1/200 des individus piqués par un hyménoptère va présenter une réaction allergique légère, 1/2000, une réaction sévère, et on estime à environ 40 ou plus le nombre de décès annuel aux Etats-Unis du à une allergie aux hyménoptères. Environ 1/20 des patients recevant un produit de contraste radiologique va présenter une réaction anaphylactoide légère, 1/1000 une réaction sévère, et on estime à environ 250 à 1000 le nombre de décès annuel aux Etats-Unis suite à une réaction anaphylactoide à un produit de contraste radiologique.

Les gens atopiques ne seraient pas particulièrement susceptibles de développer une réaction anaphylactique, sauf dans les cas d'anaphylaxie idiopathique où près de 50% des patients sont des atopiques [9] . Les gens âgés [10] sont plus susceptibles aux réactions anaphylactiques et à leurs conséquences désastreuses: en effet, comme ils sont plus susceptibles à la maladie, ils seront donc plus exposés aux agents étiologiques de l'anaphylaxie, car ils nécessiteront plus d'investigations avec des produits de contraste radiologiques, plus de traitements avec des antibiotiques ou d'autres médicaments, et ils seront plus fréquemment sous traitement beta-bloquant pour une maladie coronarienne ou une hypertension; ensuite, comme leurs réserves cardio-pulmonaires sont plus limitées, ils sont plus à risque de développer des conséquesces sérieuses suite à une réaction anaphylactique.

 

PHYSIOPATHOLOGIE

 

Le mastocyte est la cellule centrale dans la médiation du syndrome anaphylactique. Plusieurs mécanismes peuvent être responsables de la dégranulation des mastocytes, qui est à l'origine d'un tableau clinique similaire.

 

Réaction anaphylactique médiée par les IgE:

Elle nécessite une sensibilisation préalable. Les molécules antigéniques adhèrent aux IgE déjà fixés sur des mastocytes et des basophiles, et ceci entraîne leur dégranulation. Il y a alors libération de médiateurs préformés et fabrication de médiateurs, tel que précisé au tableau 1 : les substances préformées sont responsables des symptômes de l'anaphylaxie.

 

Réaction anaphylactique ou anaphylactoide médiée par complexe-immun:

Elle nécessite une sensibilisation préalable. Les molécules antigéniques se fixent aux IgG ou IgM, et ceci entraîne l'activation du complément dans sa voie classique, la formation des anaphylatoxines C3a et C5a, qui elles font dégranuler les mastocytes et les basophiles, en même temps qu'elles induisent directement une augmentation de la perméabilité des capillaires et une contraction des muscles lisses.

 

Réaction anaphylactoide:

Elle ne nécessite pas de sensibilisation préalable. La dégranulation des mastocytes se fait par un mécanisme non immunologique. Les différents mécanismes impliqués dans la réaction anaphylactoide sont énumérés au tableau 2 .

 

Facteurs modulants:

Les médicaments B-bloqueurs [11] et possiblement aussi les inhibiteurs de l'enzyme de conversion et les bloqueurs calciques semblent favoriser une réaction anaphylactique plus sévère et une réponse moins favorable aux agents adrénergiques. Les hormones oestro-progestatives peuvent aussi avoir un effet aggravant dans certains cas.

 

ETIOLOGIE

 

Le nombre de facteurs étiologiques pouvant être responsables d'une réaction anaphylactique est très grand, et nous n'en énumérons ici qu'une liste représentant ceux que l'on rencontre le plus fréquemment. Ils sont classés ici au tableau 3 , selon le mécanisme impliqué dans la réaction.

 

CLINIQUE

 

Présentation clinique habituelle :

L'installation est rapide (quelques secondes à quelques heures), peu après l'entrée dans l'organisme de l'antigène ou de l'agent déclencheur, principalement par injection ou ingestion; les symptômes et signes de l'anaphylaxie sont décrits au tableau 4 .

Il peut y avoir aussi une recrudescence spontanée des symptomes d'anaphylaxie 8 à 24 heures plus tard; cette incidence varie selon les études de moins de 10% [12] à plus de 25% [13] . Chez les asthmatiques, une réaction anaphylactique a tendance à être plus sévère. Les complications les plus importantes sont l'infarctus du myocarde ou cérébral, et le décès.

 

Particularité de certaines formes d'anaphylaxie:

L'anaphylaxie à l'effort [14] est un syndrome qui survient dans le seul contexte d'un effort physique, sans autre facteur identifié. Le mécanisme qui relie l'effort physique à la dégranulation des mastocytes est encore inconnu. Le symptomes débutent en général par une sensation de chaleur et de prurit, suivi d'urticaire, puis des autres manifestations de l'anaphylaxie si on ne cesse pas l'effort physique dès les premières manifestations de la réaction.

L'anaphylaxie à facteurs combinés [15] est un syndrome qui survient à l'association d'un autre facteur précipitant à l'exercice. Il a été décrit chez des gens qui ont présenté un sundrome anaphylactique à l'effort, seulement s'ils avaient mangé dans les 2 heures qui précèdent l'exercice, quel que soit l'aliment ingéré. Il a aussi été décrit si chez des gens qui ont mangé un aliment spécifique dans les 2 heures qui précèdent l'exercice, et parfois si l'aliment est mangé suite à l'exercice: ce syndrome a été décrit avec le céleri, les crevettes, les pêches, le blé, le poulet. L'exercice seul ou l'ingestion de l'aliment en cause seul n'entraînent pas le syndrome. Le test d'allergie est positif à l'aliment suspecté. Il faut s'attendre que de plus en plus d'aliments et même de médicaments soient mis en cause dans les années à venir.

L'urticaire cholinergique systémique est une forme grave de l'urticaire cholinergique. Il est déclenché par la chaleur, telle une douche chaude ou un sauna, un effort physique, un épisode fébrile ou une émotion un peu plus marquée. En général dans l'urticaire cholinergique, les patients présentent de petites lésions urticariennes de moins de 1 cm de diamètre, très prurigineuses, associées à un érythème marqué, et de courte durée. Cependant quelques cas avec manifestations systémiques d'anaphylaxie ont été décrits.

L'urticaire systémique au froid est une forme grave d'urticaire au froid. En général, le refroidissement de la peau engendre une urticaire localisée chez les gens porteurs de ce syndrome. Dans certains cas, la réaction se généralise pour donner une réaction anaphylactique. Tout patient porteur d'un syndrome d'urticaire au froid peut être à risque de réaction systémique s'il se refroidit trop rapidement, par exemple en plongeant dans une eau froide alors qu'il a chaud.

La mastocytose systémique [16] est due à une accumulation diffuse de mastocytes dans la peau, la moelle osseuse et le tube digestif. Le tableau clinique est secondaire à la libération d'histamine, qui entraîne un flushing, une céphalée, des douleurs abdominales, des nausées, vomissements, diarrhées, des troubles cardiaques avec hypotension et un dermographisme sévère. Les symptômes peuvent être déclenchés spontanément, ou suite à l'ingestion d'antiinflammatoires, d'opiacés ou d'alcool. 30% des enfants qui développent de l'urticaire pigmentaire ont une mastocytose systémique. Le diagnostic se fait par le dosage sérique et urinaire de l'histamine et la biopsie cutanée. Le syndrome carcinoide fait partie du diagnostic différentiel. 50 % décèdent en 2 à 3 ans, et les autres vivent 10 ans ou plus. Laleucémie à mastocytes est une variante de la mastocytose systémique, avec une infiltration massive de mastocytes dans la moelle osseuse et une réaction leucémoïde significative avec 25 à 75 % de mastocytes; on y note aussi une hépatomégalie, une lymphadénopathie et des lésions cutanées maculaires.

L'anaphylaxie à la progestérone [17] est une forme rare, se manifestant par une réaction anaphylactique lors de la montée cyclique de progestérone pendant le cycle féminin.

L'anaphylaxie idiopathique [18,19] est la façon de dénommer l'anaphylaxie quand on ne peut y trouver de cause. Bien entendu, il faut toujours être à la recherche d'une cause, car alors on peut l'éviter. Il faut inclure dans le diagnostic différentiel de l'anaphylaxie idiopathique le syndrome d'hyperperméabilité capillaire paroxystique [20].

 

DIAGNOSTIC

 

Le tableau clinique décrit ci-haut doit nous faire suspecter le diagnostic immédiatement. Il devient alors important de mettre en évidence l'agent étiologique: il faut s'informer pour savoir dans quelles circonstances la réaction est survenue: prise de médicaments, prise d'aliment suspect, piqûre ou morsure d'insecte, exercice, contact avec le latex (condom, chirurgie dentaire, gants chirurgicaux).

Le dosage sanguin de l'histamine peut réfléter la dégranulation récente des mastocytes et basophiles, et le dosage de la tryptase est spécifique de la dégranulation du mastocyte. Ces analyses, non disponibles dans la plupart de nos hôpitaux, peuvent servir à distinguer entre une réaction anaphylactique et une autre cause de choc. Les principaux diagnostics différentiels du syndrome anaphylactique sont énumérés au tableau 5 .

La confirmation de l'agent étiologique peut se faire par un RAST test, quand celui-ci est fortement suspecté mais que la réaction initiale a été tellement sévère que l'on craint de faire le test cutané. Elle peut aussi se faire par test cutané par scarification dans les autres cas où la réaction a été moins sévère; parfois on va à la pêche avec plusieurs tests, dans le but de rechercher un suspect. Dans certains cas, quand on suspecte vraiment un aliment comme cause d'une réaction et que le test de scarification avec des extraits commerciaux est négatif, on peut tester par scarification avec l'aliment naturel [21] . Occasionnellement, on peut être justifié de faire une provocation quand il n'existe pas d'autre moyen de confirmer un agent suspect et que plusieurs sont susceptible d'être en cause, et que c'est important de mieux le définir: cette technique comporte cependant certains risques.

 

THERAPEUTIQUE [22]

 

La thérapeutique de l'anaphylaxie peut se schématiser en trois grand tableau: le traitement de la réaction sur place, présenté au tableau 6 , le traitement à l'hôpital, présenté au tableau 7 , et le traitement prophylactique, présenté au tableau 8 . Il ne reste qu'à mentionner quelques particularités propres à certaines formes de réaction anaphylactique.

 

Allergie alimentaire

Il est important de bien identifier la cause afin de l'éviter: il faut éviter l'aliment en question, et souvent aussi ceux de la même famille: par exemple, pour une allergie à un poisson particulier, il est préférable de les éviter tous; même chose pour une allergie à un crustacé ou à un mollusque.

Il faut aussi faire attention aux aliments masqués: bien lire les étiquettes sur les boites ou sachets, et savoir qu'il y a parfois des erreurs d'étiquettage. Il est important de savoir qu'en Amérique du Nord, les arachides sont omniprésentes dans l'alimentation. Il y a de la poudre de lait dans bien des prépararions: on en retrouve entr'autre dans plusieurs sortes de margarine.

Pour ce qui est de l'allergie aux "noix", il est bon de savoir ce qui suit: les arachides sont des légumineuses, tout comme les pois, les fèves, les haricots, le soya, les lentilles; les amandes sont de la famille des drupacées, tels les pêches, prunes, cerises, apricots, nectarines; les noix de cajou sont de la famille des anacardiacés, telles les pistaches et les mangues. Il n'y a pas de réactions croisées entre ces trois familles d'aliments. Cependant, souvent il peut y avoir des erreurs d'étiquettage ou le remplacement de certaines noix et d'amendes par des arachides recouvertes d'arôme particulière.

 

Allergies aux venims d'hyménoptère [23]

Il existe certaines mesures particulières pour éviter de se faire piquer: éviter les endroits où on est susceptible d'être exposé aux hyménoptères, avoir des vêtements qui recouvrent la plus grande surface de peau, éviter les vêtements à couleurs vives et porter plutôt des couleurs neutres, éviter parfums et désodorisants.

Une investigation en allergie est recommandée, car il existe un traitement d'hyposensibilisation au venim d'hyménoptère qui est très efficace.

 

Idiosyncrasie aux produits de contraste radiologique [24]

Si une telle procédure est essentielle, il faut préparer au préalable le patient avec de la prednisone 50 mg p.o. 13, 7 et 1 heure avant la procédure, et du bénadryl 50 mg i.m. une heure avant la procédure. Il est nettement préférable alors d'utiliser un produit de contraste non ionique et hypoosmolaire, qui occasionne moins souvent de telles réactions. Il faut aussi être prêt à traiter une réaction: il faut en aviser le médecin qui doit en exécuter la procédure, avoir un bon accès I.V., et avoir sous la main le matériel de réanimation.

 

Allergie à la pénicilline [25]

Il existe une désensibilisation à la pénicilline pour les gens ayant déjà présenté une réaction anaphylactique à ce médicament, et qui présentent encore un test d'allergie positif, et qui ont une indication majeure de traiter avec de la pénicilline, telle une méningite, une endocardite, ...

Cette désensibilisation peut se faire par voie orale ou sous cutanée, à l'hôpital, sous surveillance étroite, par un médecin habitué à ces procédures.

 

Anaphylaxie idiopathique

Le traitement de la phase aigue est le même que pour l'anaphylaxie en général. Cependant, si les crises sont fréquentes, on peut traiter prophylactiquement avec de la prednisone à dose quotidienne, à diminuer progressivement, puis à donner aux 2 jours si possible. Bien entendu on y associe un antihistaminique. Il faut aussi toujours demeurer à la quête d'une étiologie possible.

 

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TABLEAU I: médiateurs libérés par les mastocytes:

libération rapide de substances déjà formées:
histamine:
effet H1: contraction des muscles lisses, chemokinésie
effet H2: augmente la perméabilité vasculaire, augmente le cAMP
facteurs chémotactiques pour les neutrophiles et les éosinophiles
anions superoxyde
arylsulfatase A
 
fabrication de médiateurs, dérivés de metabolites de l'acide arachidonique:
produits de la cyclooxygénase:
prostaglandines G2, F2, D2, E2, I2:
PGD2: bronchospasme, inhibition de l'aggrégation plaquettaire
thromboxane A2
PAF: activation des plaquettes, bronchospasme
produits de la lipoxygénase:
HPETE, HETE
leucotriènes C4, D4, E4 (SRS-A):
contraction bronchiolaire et hyperéactivité
augmente la sécrétion muqueuse et la perméabilité vasculaire
leucotirène B4:
augmente la perméabilité vasculaire
chimiotactisme pour les éosinophiles et les neutrophiles
augmente l'adhésion des neutrophiles
 
médiateurs préfabriqués et storés dans des granules:
héparine
enzymes: chymotrypsine, peroxydase, superoxyde dismutase, arylsulfatase B

TABLEAU 2 : mécanismes impliqués dans les réactions anaphylactoides:

 

une anomalie présumée du métabolisme de l'acide arachidonique:
ceci est l'hypothèse la plus à la mode pour expliquer les idiosyncrasies à l'AAS et aux AINS
 
un effet direct sur le mastocyte:
ceci est valable pour les opiacés, certains antibiotiques à plusieurs charges électriques, les relaxants musculaires, le dextran, et les produits de contraste radiologiques
 
un agent physique :
l'exercice physique, le froid, le chaud, la lumière, la pression, la vibration
 
idiopathique

 

TABLEAU 3 : étiologie de l'anaphylaxie:

 

réaction anaphylactique médiée par les IgE :

 
médicaments :
antibiotiques: pénicillines, céphalosporines, sulfamidés, tétracycline
autres médicaments et agents de stérilisation: relaxants musculaires (certaines
réactions), thiopental, psyllium, protamine, gaz d'oxyde d'éthylène, utilisé en dialyse protéines: sérum de cheval (traitement des morsures de serpent), albumine humaine hormones: insuline, ACTH, parathormone
enzymes: trypsine et chymotrypsine, papaine et chymopapaine, streptokinase
IgA (transfusion chez un patient IgA déficient)
traitements d'hyposensibilisation
insectes:
venins d'hyménoptères: abeille, guêpe, guêpe jaune, frêlons, fourmi rouge
salive de diptères: mouches noires, taon (mouches à chevreuil, mouches à cheval)
aliments:
légumineuses: arachides, soya
noix, amendes, noisettes
lait, oeufs
poissons, crustacés, mollusques
aliments et exercice.
divers:
latex
liquide séminal
 
réaction anaphylactique ou anaphylactoide médiée par complexe immun:
 
sang complet
globules rouges ou blancs (IgG ou IgM du patient)
sérum, plasma ou produit fractionné du plasma, incluant les immunoglobulines (aggrégats de protéines, principalement des IgG dans la préparation donnée)
membrane de dialyse en cellulose
 
réaction anaphylactoide :
 
médicaments :
AAS et AINS, produits de contraste radiologique, anesthésiques locaux, dextran,
narcotiques curarisants (mais le plus souvent médié par les IgE)
polymyxine albumine et fraction des protéines plasmatiques
additifs:
sulfites, tartrazine, monosodium glutamate, aspartame
exercice
anaphylaxie idiopathique

 

TABLEAU 4 : présentation clinique de l'anaphylaxie:

 

cutanés:

prurit, flushing, érythème, urticaire, angioedème
 
oculaires :
prurit, lacrimation, érythème
 
nasaux:
rhinorrhée, éternuements, prurit, congestion
 
pharyngo-laryngés :
oedème, voix rauque, stridor
 
pulmonaires :
tachypnée, dyspnée, sibillances, cyanose
 
cardiovasculaires :
tachycardie, arythmies, hypotension
 
gastro-intestinaux :
nausées, vomissements, crampes, diarrhée
 
neurologiques :
peur de mourir de façon imminente, gout métallique, étourdissement, syncope,
convulsions

 

TABLEAU 5: diagnostic différentiel de l'anaphylaxie:

 

l'asthme, l'urticaire et angioedème:

bien que chacun d'eux puisse être une composante de la réaction anaphylactique
 
le choc d'une autre étiologie :
vagal, cardiogénique
 
la maladie sérique
 
une mastocytose systémique, un phéochromocytome, un carcinoide
 
l'intoxication à la vitamine B3 ou acide nicotinique
 
le syndrome d'hyperperméabilité capillaire paroxystique

 

TABLEAU 6 : traitement lors de la réaction, sur place:

 

adrénaline :

0.01 mg/kg s.-c. ou i.-m., maximum de 0.3 à 0.5 mg; peut être répété aux 5 à 20 minutes
il est préférable d'éviter la voie i.-v., plus susceptible de causer des arrhythmies
 
coucher le patient, lever ses jambes
 
tenter de retracer la cause si possible en questionnant le patient ou ceux qui l'accompagnent:
médicaments pris récemment
aliments ingérés
piqure d'insecte
ce qu'il faisait au moment où ça survient
 
enlever la cause le plus vite possible:
cesser la médication I-V en cause si c'est la cause suspectée
garrot en amont du site d'injection
enlever le dard qui a piqué s'il est encore sur place, tout en faisant attention cependant de
ne pas écraser le sac de venim s'il est encore en place
 
aller à l'urgence le plus vite possible

 

TABLEAU 7 : traitement à l'urgence et si nécessaire aux soins intensifs :

 

observation étroite du patient :

si le moindrement il ne se retablit pas rapidement, il faut être plus agressif
 
approche générale :
adrénaline :
sous-cutané
dans les cas sévères ne répondant pas :
1 mg dans 250 cc de G 5% ( 4 µg/ml): débuter à 0.1 µg/kg/mn
antihistaminique H1:
diphenhydramine, 25 à 100 mg p.o., i.m. ou i.v. donné lentement: à répéter Q 4 à
6 heures
oxygène et intubation si nécessaire
soluté :
salin 0.9%, vitesse rapide à ajuster selon le cas
stéroides :
methylprednisolone 2 mg/kg ou 125 à 250 mg i.v. Q 6 h, dans le but de prévenir
les éventuelles réactions tardives
considérer le glucagon pour les cas rebelles (entr'autre ceux sous B-bloqueurs) :
1 mg i.v. (il a un effet adrénergique très peu antagonisé par les B-bloquants)
anti-H2:
ranitidine, 50 mg i.v., administré en 5 minutes
(controversé, car il peut causer des arhythmies, une bradycardie et une
hypotension)
 
vider l'estomac avec un tube de Lévine:
si la cause suspectée est un aliment ou un médicament ingéré récemment
si le patient ne s'améliore pas rapidement
 
traitement de manifestations particulières:
traitement du bronchospasme:
salbutamol 0.5 cc/4 cc salin 0.9%, en aérosol
aminophylline peut être considéré: attention à l'intoxication
intubation et ventilation si nécessaire
oedème laryngé:
adrénaline en aérosol
intubation ou trachéostomie
hypotension:
trendelenburg
salin 0.9%
vasopresseurs:
dopamine, 5 à 20 µg/kg/mn i.v.
isoprotérénol, 2 à 20 mg/mn i.v.
levartérénol, 8 à 32 mg/mn i.v.
 
garder en observation prolongée:
12 à 24 heures après la récupération chez ceux qui récupèrent vitele temps nécessaire chez
ceux qui récupèrent plus lentement

 
TABLEAU 8: traitement prophylactique de l'anaphylaxie:

 

trouver la cause si possible, et l'éviter de façon scrupuleuse

 
porter une identification de son allergie
 
ne pas prendre de médication B-bloquante chez les gens à risque d'anaphylaxie:
les réactions anaphylactiques peuvent être plus sévères, plus longues et plus réfractaires au
traitement
il faut cesser cette médication avant de procéder à une désensibilisation
 
porter sur soi un anakit ou un épipen:
si on doit s'en servir, se rendre à l'urgence la plus proche rapidement
 
informer l'entourage pour qu'ils soient au courant de notre problème et sachent quoi faire en cas de nécessité

 

 

QUESTIONS :

 

Une jeune patiente a présenté récemment une réaction d'urticaire et d'angioedème, associé à un bronchospasme et à des crampes abdominales, suite à l'ingestion d'une crevette. Quelles recommandations allez-vous lui faire ?

 

a) éviter les crevettes et les autres crustacés

b) se considérer allergique à l'iode

c) se considérer allergique aux poissons

d) d'essayer une fois de temps en temps de manger un petit morceau de crevette pour vérifier si elle y est encore allergique

e) de se faire désensibiliser aux crevettes

 

réponse: a.

 

Une mère vous dit que son jeune enfant a présenté à 3 reprises une réaction de vomissements, suivi d'urticaire et de sillements, puis de diarrhées après avoir mangé du beurre d'arachide ou des arachides enrobées de chocolat. Lesquels des énoncés suivant sont vrais ?

 

a) qu'il est allergique au chocolat

b) qu'il est allergique aux arachides

c) qu'il est allergique à toutes les noix

d) qu'il doit être très prudent à l'avenir car les arachides sont omniprésentes dans les aliments contemporains

e) que son allergie aux arachides va probablement durer toute sa vie

 

réponse: b, d, e.

 

Un patient hypertendu, amateur de camping, vient de présenter une réaction allergique sévère (urticaire, angioedème, chute de pression et asthme) suite à une piqûre de guêpe. Il a bien récupéré suite aux traitements à la salle d'urgence, mais avant son départ, lesquelles des recommandations suivantes allez-vous lui faire ?

 

a) de s'acheter un épipen le plus vite possible et l'instruire de la façon de l'utiliser

b) de cesser sa médication bêta bloquante le plus vite possible et de la remplacer par une autre classe de médication

c) de consulter un allergologue dans le but de se faire désensibiliser au venim de guêpe

d) de ne pas trop s'inquiéter, car s'il est repiqué par une guêpe, il a très peu de chances d'avoir une nouvelle réaction

 

réponse: a, b, c.

Références:

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