Complémentaire de la Fécondation In Vitro (F.I.V.), la micro-injection
intra-ovocytaire de spermatozoïde (I.C.S.I.: Intra-Cytoplasmic Sperm
Injection) est la "
thérapeutique " biologique la plus avancée des fécondations dites "assistées" et fait
nettement reculer la notion de stérilité masculine.
Son but princeps est de court-circuiter l'étape de fixation-fusion-
pénétration du spermatozoïde dans l'ovule lorsqu'existe un dysfonctionnement au niveau d'une ou plusieurs
de ces phases. Elle consiste en une introduction mécanique sous microscope d'un et un seul spermatozoïde
vivant, à l'intérieur de chaque ovule recueilli par ponction. Cette introduction s'opère après perforation
des deux membranes que sont la zone pellucide (Z.P.) et la membrane cytoplasmique. En cela, elle a succédé
aux techniques plus anciennes consistant simplement à perforer la Z.P. de l'ovule puis à mettre ce dernier
en contact de milliers de spermatozoïdes (PZD = Partial Zona Dissection), voire à déposer une dizaine
d'entre eux entre les deux membranes (SUZI = Sub Zonal Injection).
Essentiellement réservé à la résolution des causes masculines de l'hypofertilité , le recours à l'ICSI peut se résumer très schématiquement comme suit:
* Le sperme est mauvais: le recours à l'ICSI peut s'effectuer dès la première tentative:
- Les spermatozoïdes sont absents: il s'agit d'une azoospermie, confirmée sur trois spermogrammes séparés de quelques semaines. Autre situation: la masturbation est impossible (causes neurologiques, psychologiques, ...). Ces deux faits mènent à un recueil par prélèvement chirurgical déférentiel, épididymaire voire testiculaire.
- La numération dans l'éjaculat des spermatozoïdes mobiles totaux est faible: inférieure à 500 000 (voire 1 million) de spermatozoïdes mobiles linéaires. On parle d' oligo- asthénospermie sévère. Le recours à la F.I.V. traditionnelle est statistiquement voué à l'échec.
- La morphologie peut intervenir, mais n'est pas un critère suffisant seul pour un recours direct à l'ICSI. La " tératospermie très sévère " est néanmoins à considérer.
* Le sperme est subnormal selon les critères habituels (numération, mobilité, ...): l'interaction membranaire entre le spermatozoïde et l'ovocyte est défectueuse:
- L'acrosome (système placé dans la tête du spermatozoïde et servant
à celui-ci pour la pénétration de la Z.P. lors du contact avec l'ovule) est anormal au "test
fonctionnel de marquage acrosomique" prescrit
en complément du spermogramme: cet acrosome peut être
absent ou fonctionnellement déficient, forçant là encore un recours en première intention à l'ICSI.
- Un faible taux de fécondation (moins de 5 à 10 %)
est obtenu en FIV
traditionnelle sur un nombre statistiquement suffisant d'ovocytes inséminés après stimulation hormonale
correcte: c'est l'échec (répété) de FIV. Plusieurs explications peuvent être avancées: la présence
d'anticorps (Ac) anti-spermatozoïdes ou de substances inhibant l'interaction spermatozoïde-ovocyte, ou
encore une anomalie des récepteurs de liaison de ces deux gamètes ... mais le plus souvent est en cause un
facteur... inconnu.
Les résultats de la microinjection sont étonnants : alors que le taux
de grossesses par cycle est d'environ 25 % dans une population normale, cette technique permet l'obtention
d'un taux de grossesses par ponction ovocytaire de plus de 30 %. Les équipes les plus entraînées ont
également démontré l'inocuité de l'ICSI sur le conceptus, grâce au diagnostic prénatal et au suivi de l'
enfant après la naissance. Mais l'ICSI exige un bilan préalable solide afin de réserver son indication,
pour des raisons éthiques et médicales, aux cas hors de portée de la FIV classique.
En conclusion, cette technique permet l'obtention d'une descendance
intra-couple là où, il y a quelques années, on ne pouvait que proposer le recours au don de gamètes ou
l'adoption. L'annonce de son emploi avec les cellules souches du spermatozoïde permettra-t-il, en accord
avec les considérations éthiques, de repousser la frontière de la stérilité ?