Une gracieuse légende se rattache à la Tente-Verte.

samedi 30 juillet 2016
par  DART François
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La tente verte, quartier de ma jeunesse !

La tradition rapporte que vers les dernières années du XVIème siècle, Dunkerque avait organisé des réjouissances publiques.

On accourut de tous les points de la Flandre et de l’Artois. Béthune, Saint-Omer, Watten, Bergues, Eecke, Socx, Lincke près Looberghe, Téteghem, Flêtre, Hondschoote, Furnes, Bruges, Gand envoyèrent des députations.

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Au jour fixé, les hôtelleries ne purent suffire à la foule ; des caves furent louées, des bélandres furent converties en auberges.

On éleva des baraques et des couverts le long des chemins aboutissant à la ville.

Il fallut, dit-on, répartir les divers jeux en plusieurs quartiers.

L’emplacement du Tournoi fut fixé à l’extrémité de Visschermoëre, au pied des dunes, à l’endroit où est encore aujourd’hui l’auberge appelée la Tente-Verte.

Le roman est venu enjoliver la fête.

L’emplacement choisi pour le Tournoi était une vaste arène de forme ovale.

Du côté de l’est se dressait une immense tente de soie, verte à l’intérieur.

Au-dessus flottaient les étendards aux armes de la France, d’Espagne, de Flandre, de Vendôme et de Dunkerque ; une magnifique tribuen était destinées à la dame de Vendôme, dame de Dunkerque, et aux personnages de distinction.

Sur les gradins, on remarquait les sires de Watten, de Nieurlet, d’Ekelsbeque, de Walloncappel, les seigneurs de Morbecque, de Flêtre, d’Houtkerque et une foule de gentilshommes et nobles du pays.

Après de nombreuses passes d’armes, deux chevaliers mystérieux entrèrent en lice.

Voyez-les rompre trois lances en se précipitant l’un contre l’autre mais sans pouvoir parvenir à se désarçonner.

D’une voix unanime, les deux adversaires sont déclarés dignes du grand prix.

On s’attendait à voir lever leur visière.

Il n’en fut rien.

Après les salutations et le cérémonial d’usage, les deux chevaliers, remontant sur leurs destriers, sortirent de l’arène avec la rapidité du vent. On les vit prendre le chemin de Furnes et bientôt ils disparurent au milieu des nuages de poussière soulevés par les pieds de leurs coursiers

Pour les amateurs d’Histoire Locale

Une publication assez récente concernant ce même évènement ...

Le quartier de la Tente-Verte à Rosendaël, une identité entre dunes et fleurs

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Enfant du quartier, Danie Delesalle-Degrave en est à la quatrième édition de son livre sur la Tente-Verte. L’ouvrage publié voilà vingt ans connaît toujours un vrai engouement, signe d’un vrai intérêt pour cet ancien hameau, qu’on revisite avec l’auteur.

1. Yolande ou Pedro ?

Le nom du quartier qui fait la jonction entre Dunkerque et Leffrinckoucke n’a rien à voir avec le camping ! Attesté sur des plans datant du XVIIe siècle, il a deux origines possibles, découvre Danie Delesalle-Degrave : « Première hypothèse, lors d’un tournoi, Yolande de Flandre se serait abritée sous une tente verte. Deuxième possibilité, le nom proviendrait d’un régiment espagnol qui y aurait eu ses quartiers, les Compagnons de Verde Tente. » En tout cas, c’est bien trouvé pour un lieu qui deviendra une zone maraîchère.

2. Des vagues de dunes

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« La Tente-Verte fut longtemps, pour moi, le bout du monde », écrit le journaliste-écrivain Jacques Duquesne dans la préface du livre.

Et pour cause : « Dans les années 50, de la voie ferrée à la rue de Zuydcoote, ce n’étaient que dunes et terrains potagers », raconte Danie Delesalle-Degrave.

Avant l’urbanisation moderne, la Tente-Verte était parsemée de petites maisons de pêcheurs, journaliers ou maraîchers.

Il faut sillonner le quartier tranquillement pour repérer cet habitat ancien, typique par sa construction en-dessous du niveau de la rue, en fonction alors du relief de la dune. Les maisons des maraîchers, elles, se distinguent par leur toit descendant très bas côté nord.

Une autre architecture est apparue, plus moderne, comme le nouvel immeuble le long de la rue Paul-Bert, un peu trop gris aux yeux des habitants.

3. Des choux-fleurs en cadeau de mariage

Offrir en cadeau de mariage 50 plants de choux-fleurs, vous y penseriez ? Firmin Deboës l’a fait pour les noces de sa fille Claire, dans les années 1920. Ce maraîcher était un précurseur : c’est lui qui avait introduit la culture du chou-fleur, un temps l’or blanc de la Tente-Verte.

Royaume des maraîchers, dont la présence remonte au XVIIIe siècle, comme l’attestent des plans retrouvés par Danie Delesalle-Degrave, la Tente-Verte a été le témoin des fortes évolutions de leurs pratiques.

Hormis la famille Blanchon, qui cultive encore des légumes, les maraîchers produisent des fleurs et plants et sont très tournés vers l’exportation. La Tente-Verte peut même s’enorgueillir d’avoir été le berceau d’« un des plus beaux dahlias de France », œuvre d’Adrien Beyaert en 1960.

4. L’église, du producteur au consommateur

On oublie l’actuelle église Saint-Zéphirin et on revient un siècle en arrière. Pour construire, au même endroit, la première église de la paroisse, on ne va pas chercher loin les matériaux … Les briques proviennent de la Briqueterie silico-calcaire, implantée à la place de Leclerc !

Pendant quelques dizaines d’années, ce fut l’entreprise phare du quartier. Il n’en reste que la grande porte en briques jaunes le long du boulevard de la République.

5. Flèche, cuve et sous-terrain

Si la première église a disparu, c’est à cause de sa flèche, qui servait de point de repère aux marins.

Les Allemands appréciaient moyennement : ils l’ont bombardée.

Pour se protéger pendant la guerre, les habitants avaient trouvé des caches particulières : des abris creusés dans le jardin ou, plus insolite, les grosses cuves dans lesquelles étaient cuites les briques de la Briqueterie silico-calcaire et où les habitants venaient passer la nuit, raconte, photo à l’appui, Danie Delesalle-Degrave.

6. Les temps changent

Danie Delesalle-Degrave a répertorié tous les commerces et estaminets du quartier. Il en reste quelques-uns, comme Le Narval, Le Bon Coin, ou la boucherie de la rue Vancassel. « Alors que de nouveaux habitants arrivent, nous n’avons même plus une boulangerie », déplore Danie Delesalle-Degrave. Avis aux amateurs !

C’est un petit chemin ...

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Peut-être avez-vous déjà remarqué, en traversant la Tente-Verte, une petite voie, le sentier du Lieutenant. Son nom est intimement lié à la présence, forte, de la douane dans le quartier. À une époque, il comptait une très importante caserne, « qui couvrait jusqu’à la frontière », rappelle Danie Delesalle-Degrave.

Le sentier du Lieutenant tire son nom du fait que la maison du lieutenant d’ordre, un des gradés de la douane, s’y trouvait. Elle n’existe plus, pas plus que de nombreuses petites maisons aujourd’hui détruites. Mais le sentier permet de relier la rue de Zuydcoote et la rue de Leffrinckoucke.

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Un livre à la couverture ... verte

Danie Delesalle-Degrave a publié son livre, « Le hameau de la Tente-Verte, Rosendaël-lez-Dunkerque » , en 1993.

Depuis, elle l’a réédité à trois reprises. Tout au long de ses 135 pages, l’auteur évoque les différents aspects de la vie de ce quartier si particulier. Avec une affection toute particulière : « Je suis de la Tente-Verte. Ma famille y est implantée depuis 1810. Mon grand-père, artisan, avait fait construire rue de Zuydcoote. » Ses tantes, son oncle y ont exercés comme coiffeur. Elle-même a posé sa maison dans un de ces « creux de dunes » qui font la particularité de la Tente-Verte, ce hameau plus ancien que Rosendaël et Malo.

Ce quartier très familial (« On m’appelle toujours par mon nom de jeune fille »), Danie Delesalle-Degrave en a fait découvrir les grandes figures, les petites histoires dans nos colonnes, dans les années 1980-1990. Petit à petit, elle est allée plus loin dans ses recherches, et sa proximité avec les habitants de la Tente-Verte lui ont permis de collecter de nombreux documents dans les familles. Des raretés qui rendent aussi le livre très humain.

Il est de nouveau disponible au café Le Narval, rue Paul-Vancassel à... la Tente-Verte et au Furet du Nord, au prix de 24 €.

A. M. 

La voix du Nord 27.05.2014

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