2 - Luingne (Belgique)

mercredi 27 juillet 2016
par  DART François
popularité : 44%

Né à Lomme (commune proche de Lille) c’est à Luingne que j’ai passé ma petite enfance (jusque l’âge de quatre ans).

Je n’ai jamais chercher à savoir le pourquoi du comment de ce statut privilégié ... Seul garçon dans un orphelinat de filles, je vivais dans " La clôture " espace réservée aux religieuses.

Pour mémoire la France était occupée et les situations particulières devaient être nombreuses !

Conséquence de la laïcité en France

On nous spolie d’un siècle de notre histoire et de nos traditions ...

À cette époque du scientisme triomphant, les républicains, souvent libres penseurs et francs-maçons ou protestants, se reconnaissent comme héritiers des Lumières.

Les congrégations religieuses, favorisées dans l’enseignement par la Loi Falloux, sont alors vues comme des entités socialement inutiles et nuisibles au progrès de la nation.

C’est ainsi que Léon Gambetta déclare :

« Il faut refouler l’ennemi, le cléricalisme, et amener le laïque, le citoyen, le savant, le français, dans nos établissements d’instruction, lui élever des écoles, créer des professeurs, des maîtres. »

Qu’en est-il aujourd’hui, alors que pour une attitude bassement électoraliste, nos élus déroulent le tapis rouge à des pratiques totalement étrangères à notre culture ... au nom de la cohabitation !

La raison de ce lieu de séjour pendant mon enfance :

La sortie des frontières.

JPEG - 58.6 ko

Ce siècle a connu « sortie de frontières » : La France, en cette fin de XIX ième siècle, connaît de grandes mutations.

L’industrialisation se développe et apporte, avec le travail, des conditions de vie très difficiles. Par ailleurs, le souci de l’école ouverte à tous, à laquelle Église et religieux ont tant travaillé, est prise en compte par la République : l’école deviendra obligatoire avec Jules Ferry en 1879. L’enseignement est laïque et les religieux s’inquiètent : pourront-ils continuer à enseigner dans des écoles religieuses ?

Par prudence d’abord, puis par nécessité, beaucoup de congrégations fondent des communautés dans les pays voisins dès la fin de ce siècle :

en voici quelques exemples :

• En 1885, à Teya, près de Barcelone, par les sœurs franciscaines de Seillon.

• En 1889, à Mouscron, par les sœurs de Bussières.

•Avec la fondation, en 1890, au Brésil par les sœurs d’Alès. Cette fondation deviendra autonome en 1937.

• En 1897 les sœurs de Grèzes fondent à Alger

• En 1901, à la Hulpe, les sœurs d’Ambazac fondent en Belgique

• En 1903, à Bordiguera, les sœurs de Bordeaux fondent en Italie.

• Les Petites soeurs de Jésus franciscaines fondent en Suisse au début du XX° siècle.

• En 1904, les sœurs de Seillon fondent à Bosa, en Sardaigne.

Tout commence à la fin du 19 ième siècle, la famille Hocedez devenu de gros propriétaires terrien installe un Patronage sur l’une de ces terres, quelque pavillons, une plaine de jeux et un mur d’enceinte ; que faut-il de plus pour les enfants, nous sommes en 1870, à l’emplacement actuel de l’ espace Cardijn.

En 1902, coup de tonnerre sur la France. Le « petit père Combe » 1er Ministre, veut la séparation de l’Église et de l’État et commence par expulser toutes les Congrégations religieuses du territoire de la République française.

Celles-ci active surtout dans l’enseignement, viennent s’installer chez nous au plus près de la frontière, ces écoles accueillent essentiellement des élèves français issus de milieux aisés, car n’étant pas subsidiées il faut payer nourriture, entretien, professeurs etc ...

Les bâtiments furent construits grâce aux dons des industriels et patrons français du Nord de la France.

A Luingne, il faut faire un détour par Néchin c’est la que les religieuses des Saints Anges ont fait construire un établissement pour leurs filles venues de Tourcoing, ces religieuses ont acquis le patronage et leurs donateurs ont fait ériger l’actuel bâtiment central. Ce bâtiment servait de seconde résidence.

Pendant ce temps les sœurs Franciscaines de Jésus qui s’occupaient du soin des malades et personnes âgées occupent deux vielles maisons du centre de Luingne.

Mais pour les sœurs de Néchin la double charge venant trop lourde, elles laissent leur propriété de Luingne à la disposition des sœurs Franciscaines.

L’orphelinat peut commencer dès 1913, les sœurs se consacrent à l’accueil des enfants, Un tiers sont orphelins ; les autres étant placés plus ou moins longtemps par des parents en grandes difficulté.

En 56 années de présence elles ont accueilli 1342 enfants. Les orphelins restent jusqu’à leur majorité ; les autres plus ou moins longtemps suivant la possibilité des parents. 95 religieuses dont 2/3 de Françaises s’y sont succédé.

Les Franciscaines sont un ordre mendiant. Or l’hébergement était gratuit, elles vivaient avec leurs protégées que de dons (venus souvent du Nord de la France) de la mendicité et du produit de leur potager et du verger.

Le recrutement religieux faisant défaut, les sœurs restantes prenant de l’âge, en 1969 les Sœurs cessèrent leur activité au service des enfants mais restèrent sur place.

L’ensemble du site sol et bâtiment fut cédé le 6 octobre 1995 à titre gratuit par les Franciscaines de Jésus à une ASBL intitulée « Bâtiments Maison Cardijn »

L’activité depuis 1969 ne cessa pas sur le site, citons :

• Les trois classes primaires regroupant les enfants ND des Anges

• Les 12-15 ans de la post -catéchèse et de la JOC animés par l’abbé Jean Pierre Dassonvile.

• La création d’une cellule d’insertion des jeunes sans qualifications toujours sous l’impulsion de J.P. Dassonville

• La présence du CEFA de St Henri de 1986 à 2001

• Les classes de l’école communale lors des travaux d’extension

• Actuellement des ateliers de couture, de cuisine et d’informatique,

• La vente à prix démocratiques de vêtements, de jouets de deuxième mains et la location de vaisselle.

L’ ASBL ne reçoit aucune aide publique ou privée, les seules rentrées financières provenant des locations et de la vente vestiaire-jouets ne peuvent suffire à couvrir les frais qu’engendre un tel site, c’est pourquoi les administrateurs ont été contraint de céder une partie du patrimoine pour ne garder que l’essentiel et y maintenir toutes les activités actuelles.

Résumé extrait du périodique « LE Gleugnotte » auteur : Adrien Gillebert

NOTRE-DAME DES ANGES

JPEG - 170.7 ko

Après des mois de travaux intensifs, la maison (passive) destinée aux enfants est prête à les accueillir, avant l’inauguration officielle qui aura lieu en février.

C’était le moment d’interroger son directeur, Philippe Colpaert.

1. L’implantation

La nouvelle implantation fait partie de l’ASBL Notre-Dame des Anges, qui est l’héritière directe et naturelle de « l’orphelinat ».

L’ensemble se décompose en deux services bien distincts :

- ND des Anges qui accueille 82 jeunes dans 5 implantations différentes

- le Safran qui assure 26 prises en charge éducatives dans le milieu de vie des enfants.

Les enfants ou jeunes ont entre 3 et 18 ans. Comme dans toute famille, on mélange garçons et filles, jeunes enfants et ados. Ils restent en moyenne 3 ans dans l’institution.

A Luingne, les Loupiots sont 16, âgés de 3 à 12 ans. Ils vont bien entendu à l’école, un peu partout selon les antécédents familiaux ou selon leur profil. La plupart ont gardé des attaches familiales et beaucoup ont des activités de jeunes, à travers le Patro ou les Scouts entre autres.

2. Le fonctionnement

L’ASBL Notre-Dame des Anges est agréée par la Communauté française (belge) pour l’accueil de 37 enfants et par le département du Nord pour 45 individus.

Cette présence française est historique et s’explique par la provenance des sœurs.

Les enfants belges sont placés soit d’autorité par le Service de protection de la jeunesse, soit à l’amiable par le Service d’aide à la jeunesse ; les enfants français eux aussi sont placés d’autorité ou après accord avec les parents.

A 18 ans, les jeunes deviennent autonomes et peuvent quitter l’institut.

3. L’encadrement

Opérationnel 24 heures sur 24, il est composé d’éducateurs, d’assistants sociaux, de pédagogues. Environ une personne pour deux enfants. Le personnel est payé par l’ASBL qui reçoit des subsides à cet eff et du côté belge comme du côté français.

D’autres subsides servent à courir les frais de fonctionnement : chauffage, éclairage, nourriture, vêtements, loisirs …

Ils ne couvrent pas tous les besoins, aussi les dons sont les bienvenus !

Les frais de matériel (mini-bus p.ex.) ou de bâtiment ne sont pas subsidiés. Il faut alors économiser sur les dépenses journalières pour boucler le budget.

Quant à la maison neuve sur l’espace Cardijn, sa réalisation n’a été possible qu’avec l’aide de l’ancienne supérieure mère Marie-Bernard et de son ASBL.

Partis de l’orphelinat nous revoici à l’orphelinat : la boucle est bouclée.

A.G.

Extrait de la Cleugnotte N° 38 - 2012


Commentaires

Navigation

Articles de la rubrique