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DIARRHÉES INFECTIEUSES :
comment fonctionne la barrière intestinale ?

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La lumière intestinale est bordée par une "barrière muqueuse" qui s'oppose à la liaison et à la pénétration des antigènes, micro-organismes et toxines présents dans la lumière intestinale. La compréhension de la prise en charge par cette barrière des antigènes est essentielle dans l'abord physiopathologique de la diarrhée aigue. La barrière muqueuse est faite d'éléments non immunologiques et immunologiques, travaillant seuls et en association.


LA BARRIÈRE MUQUEUSE NON IMMUNOLOGIQUE

Les conditions physicochimiques

L'acidité gastrique représente un obstacle important à la colonisation de l'intestin grêle par les bactéries Gram positif. La population bactérienne de l'intestin grêle augmente proportionnellement à l'élévation du pH gastrique. Chez les sujets souffrant d'achlorhydrie, on note une élévation du taux des anticorps dirigés contre la sérum-albumine bovine. De l'administration de bicarbonate, qui neutralise l'acidité gastrique, peut résulter une augmentation de l'absorption des macromolécules. Dans une étude portant sur 23 fragments biopsiques d'intestin grêle prélevés chez des individus gastrectomisés, Cerf et coll ont relevé la présence d'une flore bactérienne associée incluant E. coli et Pseudomonas dans 8 cas alors qu'aucun des 10 fragments biopsiques prélevés chez des sujets témoins non gastrectomisés ne comportaient une telle flore bactérienne. L'augmentation du pH gastrique retarde le processus de digestion par la pepsine ce qui contribue à augmenter les quantités d'antigène disponibles pour le passage transmuqueux de l'intestin grêle. Au cours du passage pylorique, le bol alimentaire est soumis à la brusque variation du pH endoluminal représentant un véritable "choc chimique" qui complète l'action de dégradation du pH gastrique.

Les enzymes protéolytiques pancréatiques agissent sur les germes et les toxines bactériennes en dégradant leurs constituants de surface et en diminuant ainsi leurs possibilités de fixation et de pénétration de la membrane entérocytaire. L'administration par gavage à des rats de lysine vasopressine simultanément à celle d'un inhibiteur de la trypsine permet d'augmenter l'effet physiologique antidiurétique mesuré chez ces animaux par comparaison avec celui qu'induit la lysine vasopressine seule. L'inhibition de l'activité pancréatique enzymatique augmente la traversée trans-muqueuse de l'hormone et lui permet d'exprimer son pouvoir physiologique. La même constatation s'applique probablement aux entérotoxines et aux antigènes alimentaires.

Péristaltisme intestinal

Si l'agent infectant parvient au contact de la muqueuse, il induit une accélération du péristaltisme qui diminue son temps de contact avec la muqueuse.

A l'état normal, en dehors des repas, l'intestin grêle est animé d'une activité motrice cyclique appelée Complexe Moteur Migrant, défini par la succession de trois phases d'activité motrice en tout point de l'intestin grêle. La première de ces trois phases est une période dite de quiescence au cours de laquelle aucune activité n'est enregistrée. La deuxième phase est irrégulière, l'électromyogramme fait apparaître une activité motrice plus ou moins intense correspondant à des contractions localisées ou propagées sur de courtes distances. Enfin la troisième phase est régulière, elle est caractérisée par des contractions propagées, d'amplitude maximale, survenant à un rythme de 10 à 18 par minute pendant 6 à 8 minutes.

Au cours des processus infectieux intestinaux, une activité motrice rapide faites de contractions circulaires parcourant rapidement l'ensemble du tube digestif apparaît. Ces contractions constituent les Complexes Migrant de Potentiel d'Action. Elles s'opposent à la pullulation microbienne en évacuant rapidement le contenu de la lumière intestinale. Expérimentalement, on a pu démontrer que ces complexes moteurs pouvaient être déclenchés par certaines toxines bactériennes. Celles-ci pourraient agir par l'intermédiaire d'une substance phospholipidique libérée par les cellules inflammatoires, le PAF-acéther, agissant sur le muscle intestinal soit directement soit par l'intermédiaire de prostaglandines et de radicaux libres.

La déconjugaison des acides biliaires par les toxines bactériennes stimule également l'activité motrice. Les acides gras non absorbés du fait des lésions de la muqueuse et de la déconjugaison des acides biliaires sont dégradés par les bactéries en acide ricinoléique déterminant l'apparition de complexes moteurs rapides ainsi que des lésions microvillositaires et une accélération des processus sécrétoires.

Mucus intestinal

L'épaisseur et la composition de la couche de mucus qui tapisse la surface microvillositaire contribuent à la défense de la muqueuse contre l'adhésion et la pénétration des toxines, bactéries et antigènes. La production de mucus par les cellules caliciformes sur la surface muqueuse peut augmenter sous l'action de l'histamine produite par les mastocytes, et des lymphokines produites par les lymphocytes T sensibilisés au cours de l'infection intestinale. A l'inverse, il a été expérimentalement démontré que Entamoeba histolytica et Vibrio cholerae par l'intermédiaire de sa toxine cholérique étaient susceptibles d'épuiser la sécrétion des cellules caliciformes par effet sécrétagogue. La couche de mucus représente une barrière physicochimique contre la diffusion des micro-organismes. Sa richesse en radicaux sialates et sulfates électronégatifs constitue une barrière anionique à la pénétration des germes. Il est riche en lysozyme doué d'une faible activité antibactérienne. Par ailleurs, le mucus semble contenir des fractions carbohydrates présentant des analogies de structure avec les glycoprotéines spécifiques de la surface microvillositaire sur lesquelles se lient certaines bactéries comme E. coli. Elles sont capables d'inhiber de façon spécifique la liaison des micro-organismes à la surface microvillositaire. Ces inhibiteurs muqueux représentent probablement un système spécifique de protection contre la pénétration des bactéries.

Composition membranaire entérocytaire

La composition de la membrane de la cellule intestinale se modifie au fur et à mesure que l'entérocyte migre du fond des cryptes jusqu'au sommet de la villosité. Une corrélation directe entre la maturation de la membrane microvillositaire et les capacités de liaison de l'antigène a été démontrée. Le rapport protéines/phospholipides est considérablement diminué dans la membrane microvillositaire du lapin nouveau-né par comparaison à celle de l'adulte. Il en résulte un passage plus facile des antigènes à travers la membrane entérocytaire à laquelle est associée une augmentation des possibilités de liaison de la toxine cholérique aux membranes microvillositaires. De telles différences pourraient expliquer la plus grande fréquence des diarrhées infectieuses chez l'enfant.

Adhésion du germe … l'entérocyte

Le pouvoir pathogène de la plupart des germes ne peut véritablement s'exprimer qu'après leur fixation sur l'entérocyte. Cette fixation permet non seulement la survie des germes mais aussi la libération de leurs toxines au contact de l'entérocyte. Les capacités d'adhésion dépendent de l'agent infectant et probablement également de l'hôte lui-même. A la surface de la bactérie existent des structures antigéniques spécifiques appelées adhésines, parfaitement caractérisées en microscopie électronique. A ces adhésines sont classiquement associées des structures réceptrices de nature glycoprotéique. Leur expression, c'est-à-dire leur présence et leur concentration à la surface des entérocytes est sous la dépendance des gènes du groupe HLA de classe II, ce qui explique les variations de susceptibilité à l'infection entre les espèces et probablement entre les individus. Dans tous les cas, ces structures sont particulièrement nombreuses à la surface des cellules M, dont nous verrons plus loin la fonction.

La présence d'adhésine à la surface des agents infectieux peut être incluse dans le génome, ce qui est le cas du vibrion cholérique dont toutes les souches sont pathogènes.

D'autres espèces bactériennes sont pourvues de facteur d'adhésion dont la transmission est de nature plasmidique, ce qui explique, pour une même espèce bactérienne, l'existence de possibilités pathogéniques variées.

L'adhérence présente une cinétique in vitro qui varie avec le pH et la température du milieu. Elle dépend également des capacités de la bactérie à se déplacer au contact de la membrane apicale de l'entérocyte. Dans une étude concernant l'action pathogène d'E. coli au niveau du tractus digestif et urinaire, Yamamoto et coll ont démontré in vitro, que la présence d'un flagelle assurant la mobilité de la bactérie conditionnait largement ses capacités d'adhésion à l'entéro-cyte tandis que de telles constatations n'étaient pas effectuées au niveau de la muqueuse urinaire.

Une fois fixées à l'entérocyte, les études en microscopie électronique ont permis de montrer qu'après adhésion à la bordure en brosse in vitro, certaines souches d'E. coli entérotoxinogènes se multiplient activement et s'entourent d'un tissu fibreux marquant la colonisation de la surface muqueuse par le germe et renforçant ses liens avec la membrane entérocytaire. Ces rapports très étroits du germe avec la membrane entérocytaire laissent cependant persister un espace bien visible en microscopie électronique : en l'absence d'invasion (pénétration et multiplication du germe dans l'entérocyte), il n'existerait donc pas de solution de continuité entre le germe et l'entérocyte.

Mantle et coll ont étudié in vitro deux souches de Yersinia enterocolitica, l'une porteuse d'un facteur plasmidique d'adhésion, l'autre dépourvue de ce facteur. Ils ont mis en évidence des liaisons entre les germes pourvus d'adhésine et le mucus. Ces liaisons étaient plus fortes avec le mucus humain qu'avec le mucus de lapin.

Ces résultats suggèrent qu'il pourrait exister une affinité entre les adhésines et le mucus.

LA BARRIÈRE MUQUEUSE IMMUNOLOGIQUE

La muqueuse est le site principal d'exposition du système immunitaire aux antigènes de l'environnement et le trajet principal de pénétration des agents infectieux dans l'organisme.

Les mécanismes immunitaires muqueux de défense sont de nature cellulaire et humorale. Le concept de Mucosa Associated Lymphoid Tissue (MALT) a été proposé par Bienenstock pour souligner la ressemblance structurelle et fonctionnelle entre les systèmes immunitaires du tractus digestif, du tractus respiratoire haut et bas, de la glande mammaire, des yeux, des oreilles et des tractus urinaires et génitaux.

Ces sites anatomiques distants partagent non seulement des effecteurs immunitaires communs comme les anticorps sécrétoires de type IgA, mais sont également interconnectés par des mouvements de cellules lymphoïdes : une immunisation par voie orale est, par exemple, susceptible d'induire la production d'anticorps sécrétoires dans la glande mammaire.

L'organisation des cellules immunologiquement compétentes

L'intestin contient la plus forte concentration de cellules immunologiquement compétentes. Par endroits, les cellules immunitaires sont regroupées en follicules lymphoïdes disséminés dans la sous-muqueuse voire en amas de follicules au niveau des plaques de Payer. Ces follicules sont riches en lymphocytes B tandis que l'atmosphère périfolliculaire contient essentiellement des lymphocytes T. Les lymphocytes T de la lamina propria sont en majorité de type Helper tandis que les lymphocytes épithéliaux, situés entre les entérocytes, sont de type suppresseur. Les follicules sont surmontés d'une zone de tissu conjonctif particulièrement riche en lymphocytes T et B, en plasmocytes et en macrophages. Cette zone appelée zone du dôme (EAF ou épithélium associé aux follicules lymphoïdes) est recouverte par un épithélium spécialisé contenant 5 à 10% de cellules entérocytaires particulières appelées cellules M. Ces cellules jouent un grand rôle dans le passage de l'information antigénique aux structures immunitaires sous-jacentes. Les zones du dôme sont richement vascularisées et contiennent de nombreuses terminaisons nerveuses notamment de fibres à VIP et substance P qui pourraient intervenir dans la régulation de la réponse immunitaire.

Transmission de l'information antigénique au système immunitaire digestif

L'exposition permanente de la muqueuse intestinale à des stimulations antigéniques variées a pour conséquence de la maintenir dans un état inflammatoire physiologique, récemment décrit par Louis et coll. Certaines substances alimentaires, des particules infectieuses ou des toxines peuvent induire la réponse inflammatoire. C'est au niveau des cellules M de l'EAF que s'effectue préférentiellement le passage de l'antigène (bien que cela soit également possible en tout point de l'épithélium intestinal). Les cellules M dérivent des entérocytes; elles sont dépourvues de lysosomes et sont douées de propriétés d'endocytose. Elles sont ainsi capables de transporter des macromolécules ou des micro-organismes jusqu'au tissu lymphoïde sous-jacent sans dégradation. Elles possèdent de nombreux prolongements membranaires entourant des lymphocytes intra-épithéliaux, des lymphocytes B et des mastocytes. Il a été montré par Owen que les antigènes protéiques macromoléculaires traversent la barrière épithéliale de l'intestin distal au travers des cellules M. Ces cellules expriment, chez le rat, 2 à 10 fois plus d'antigène Ia que les entérocytes adjacents. La microscopie électronique a permis d'observer le cheminement d'un marqueur, la horseradish peroxidase, qui est captée par les cellules M et évacuée dans l'espace extracellulaire. Cette séquence d'événements est de toute évidence une voie essentielle dans le trajet des antigènes, bactéries et virus vers les tissus immunologiquement compétents. Dans la sous-muqueuse, l'antigène peut être directement phagocyté par une cellule lymphoïde ou peut être absorbé par des macrophages ou des cellules dendritiques. Ces cellules ressemblent aux cellules présentant l'antigène dans la peau (cellules de Langerhans) ou les ganglions lymphoïdes. Toutes ces cellules présentent des traits communs : l'antigène Ia, la présence d'une ATPase, l'absence ou une faible activité phosphatasique acide et une morphologie ultrastructurale comparable. Les cellules dendritiques, qui forment de larges prolongements cytoplasmiques leur permettant d'entrer en contact avec les autres cellules du voisinage, sont localisées dans la lamina propria des villosités de l'intestin grêle, dans les plaques de Peyer au niveau de la région subépithéliale du dôme ainsi qu'à l'intérieur du dôme épithélial lui-même et dans les régions internodulaires contenant des lymphocytes T. Il est même possible que les cellules dendritiques, après avoir capté l'antigène dans l'épithélium intestinal, migrent à travers la sous-muqueuse vers les nodules lymphoïdes mésentériques où elles entrent en interaction avec les lymphocytes T 27. La cellule M, l'entérocyte, le macrophage et les cellules dendritiques jouent un rôle dans la présentation de l'antigène aux cellules immunologiquement compétentes.

Différenciation lymphocytaire

Après sensibilisation à l'antigène, les lymphocytes vont subir une première différenciation. Certains vont rester sur place, d'autres vont migrer le long de la muqueuse digestive et d'autres encore vont migrer sur une plus longue distance par la circulation lymphatique et générale vers les autres formations lymphoïdes ou la muqueuse digestive elle-même. Dans un deuxième temps, une différenciation terminale se produira. Cette étape appelée second signal, aboutit à la formation de cellules immunologiquement compétentes matures. Les mécanismes qui régissent ces phénomènes sont mal connus.

Les spécificités HLA de classe II pourraient intervenir. En pathologie, l'activation de populations lymphocytaires T dans la lamina propria pourrait favoriser la survenue de lésions villositaires chez les sujets porteurs de certains déterminants HLA-DR.

- La différenciation des lymphocytes B aboutit à la formation de plasmocytes orientés vers la production d'IgG et d'IgM mais principalement d'IgA sécrétoires (sIgA). Celles-ci représentent la classe d'anticorps la plus importante dans les fluides. La classe des sIgA est faite d'IgA dimériques ou polymériques liées ensemble par une association covalente à une chaîne J et attachées à une pièce sécrétoire (SC). Il existe deux isotypes de sIgA, les sIgA 1 et les sIgA 2. Le premier est très sensible aux protéases sécrétées par de nombreuses bactéries pathogènes et le deuxième peut être coupé en fragments Fc et Fab par une protéase unique isolée de Clostridium ramosum. La pièce sécrétoire SC est une glycoprotéine synthétisée par plusieurs cellules glandulaires et épithéliales sous la forme d'un récepteur de membrane poly-immunoglobuline qui assure le transport des classes d'immunoglobulines contenant une chaîne J (IgM, IgA) vers le pôle apical de la cellule.

- Il a été postulé que les IgA inhibent l'absorption des micro-organismes, antigènes et toxines en formant avec eux des immuns-complexes qui restent dans la lumière intestinale ou sont "trappés" dans le mucus, empêchant ainsi leur absorption. Les patients porteurs d'un déficit sélectif en IgA présentent des immuns-complexes circulants et des anticorps précipitant envers les protéines bovines. Chez les sujets porteurs d'un déficit en IgA, l'ingestion de lait déclenche l'apparition d'immuns-complexes selon une cinétique qui semble comporter deux pics, le premier 30 à 60 minutes et le second 120 à 130 minutes après l'ingestion. Ce déficit en IgA, sous sa forme transitoire du nouveau-né, est peut-être, comme nous le reverrons, responsable d'une fraction de la pathologie néonatale.

La coopération barrière physique/barrière immunologique

- Plusieurs observations récentes suggèrent que les réactions immunologiques locales sont susceptibles d'augmenter la capacité de protection des composants physiques de la barrière muqueuse. La protéolyse des antigènes intestinaux est considérablement plus importante chez les animaux immunisés contre ces antigènes que chez ceux qui ne le sont pas. L'augmentation de la protéolyse est probablement liée à une interaction entre les immuns-complexes formés dans la couche de mucus et les enzymes pancréatiques adsorbées à la surface de l'intestin. Lake et coll ont montré qu'il existait une augmentation de la production de mucine par les cellules caliciformes au cours de l'anaphylaxie intestinale : la décharge d'histamine par les mastocytes, médiée par les IgE augmente la libération de mucus par les cellules caliciformes. Ce phénomène pourrait permettre l'expulsion de parasites par la couche de mucus. Il a également été démontré que la production de lymphokines et d'histamine au cours de la réaction inflammatoire était susceptible d'augmenter la production de mucus par les cellules caliciformes. Les complexes immuns eux-mêmes pourraient agir directement sur la cellule à mucus.

- Au cours des processus infectieux intestinaux, la libération de PAF, que l'on peut doser dans les selles, témoigne de l'existence d'actifs processus inflammatoires. L'action du PAF sur la motricité intestinale, partiellement relayée par les radicaux libres et les prostaglandines E2 est en partie responsable de l'accélération des phénomènes moteurs de la diarrhée.

- Il existe de profondes interactions entre les cellules immunitaires digestives et les entérocytes. Il a été démontré que les lymphocytes T sensibilisés pouvaient induire une prolifération des cellules cryptiques de la muqueuse intestinale. Les lymphocytes T intestinaux produisent, au cours de l'inflammation, l'interféron gamma (INFgamma). Celui-ci peut moduler l'expression des antigènes HLA de classe II ainsi que des récepteurs des IgA et des IgM sur la membrane apicale des entérocytes. L'INFgamma pourrait également réguler la sécrétion hydroélectrolytique des cellules cryptiques au cours de la diarrhée (par action sur la sécrétion d'ions Cl-). Dans une étude expérimentale consistant en la mise en présence d'entérocytes et de toxine du choléra (entre autres), une diminution significative de l'excrétion chlorée par les cellules cryptiques a été montrée. Il apparaît donc que les lymphocytes T activés au cours de la réaction immunitaire, pourraient sécréter des substances, en l'occurence INFgamma, susceptibles de s'opposer à la sécrétion hydroélectrolytique exagérée des cellules cryptiques, induite par l'infection toxinique au cours de la diarrhée.

Ces éléments plaident en faveur du rôle central joué par l'inflammation au cours de l'infection intestinale. Les différentes substances libérées au cours de ces processus interagissent étroitement avec les systèmes de défense entérocytaires.

MATURATION DE LA BARRIÈRE INTESTINALE

L'intestin immature

- L'intestin du nouveau-né est capable, chez les mammifères, d'absorber les macromolécules par un mécanisme d'endocytose, de la même manière que le système réticulo-endothélial. Cette absorption s'effectue par pinocytose qui est un processus d'absorption primitif, plus fréquemment retrouvé dans l'intestin grêle immature que dans l'intestin grêle mature. Ce phénomène pourrait expliquer pourquoi plusieurs études cliniques suggèrent que le prématuré et le nouveau-né soient susceptibles d'absorber des quantités d'antigènes alimentaires beaucoup plus importantes que les enfants plus grands ou que les adultes. C'est ainsi que le nombre d'enfants de moins de 3 mois possédant des anticorps sériques contre les allergènes alimentaires est plus important que celui des enfants exposés aux mêmes allergènes mais âgés de plus de 3 mois.

- A cette pinocytose exagérée de la période néonatale, pourrait s'associer des modifications morphologiques des cellules épithéliales de la période néo-natale, qui pourraient témoigner d'une immaturité de la structure de ces cellules.

Le phénomène de "closure"

- Le phénomène de "closure", c'est-à-dire la disparition dans l'intestin mature de l'absorption exagérée d'antigènes macromoléculaires est probablement lié à de nombreux facteurs parmi lesquels l'augmentation de la dégradation enzymatique des macromolécules, la diminution de la liaison exagérée des macromolécules à l'épithélium intestinal, l'augmentation de leur captation par les anticorps présents dans la lumière digestive.

Les systèmes enzymatiques intestinaux font l'objet d'une maturation qui les mène à un rendement comparable à celui de l'adulte après quelques mois. Il en résulte une augmentation de la capacité de dégradation des macromolécules, susceptible de leur faire perdre leur antigénicité comme leur éventuelle activité biologique.

- L'endocytose des macromolécules observée dans l'intestin immature du nouveau-né semble disparaître vers trois mois et correspondre à des modifications morphologiques de l'entérocyte. Au décours de cette maturation, l'absorption macromoléculaire ne cesse pas totalement et de petites quantités d'antigènes sans valeur nutritionnelle traversent l'intestin de l'adulte, principalement au niveau des cellules M.

- La maturation immunologique de l'intestin humain est multiple et complexe. L'augmentation de la concentration en IgA dans les sécrétions digestives permet une meilleure neutralisation antigénique. En revanche, le système immunitaire semble acquérir des possibilités de captation facilitée des macromolécules intestinales. Le rôle de ce processus dans l'acquisition par l'enfant de la compétence immunitaire muqueuse serait important. Il fait intervenir les IgG, qui seraient capables de lier spécifiquement les macromolécules et, par l'intermédiaire de récepteurs entérocytaires spécifiques, d'assurer leur transport facilité à travers la surface épithéliale.

SITUATIONS PATHOLOGIQUES ASSOCIÉES À UNE DIMINUTION DE LA BARRIÈRE INTESTINALE

- Plusieurs maladies intestinales sont potentiellement liées à une absorption intestinale exagérée d'antigènes, comme les maladies inflammatoires intestinales, la maladie coeliaque et certaines diarrhées.

- L'association probablement la plus frappante entre les processus de prise en charge de l'antigène et l'apparition d'une maladie est réalisée dans l'allergie alimentaire. On sait que de nombreux symptômes cliniques décrits chez l'enfant relèvent de l'allergie alimentaire et qu'ils sont liés à l'ingestion de certains aliments, notamment le lait. Ces symptômes peuvent être localisés au tractus digestif, comme les vomissements, la diarrhée, un saignement digestif, une entéropathie exsudative, ou se manifester à distance, comme l'urticaire, l'eczéma ou encore le choc anaphylactique. Ces diverses manifestations cliniques peuvent être liées soit au transport des antigènes vers la seule lamina propria (réaction allergique locale), ou à la fois dans la lamina propria et la circulation périphérique (réaction allergique générale). Les facteurs qui déterminent la nature de la réaction allergique ne sont pas encore parfaitement compris mais ils sont indubitablement liés d'une part, au degré de sensibilité de chaque sujet allergique et/ou d'autre part, à la quantité d'antigènes ingérés. Il semblerait en effet, bien que les mécanismes de l'allergie intestinale restent encore très obscurs, que la période néonatale, marquée par cette hyperperméabilité aux macromolécules, soit propice à un passage intestinal exagéré d'antigènes et à une sensibilisation secondaire. A chaque réexposition, même lorsque la perméabilité aux grosses molécules diminue, des quantités infimes d'antigènes sont cependant absorbées, déclenchant des réactions allergiques. Les symptômes sont alors aggravés par l'apparition des lésions muqueuses. Il a été démontré expérimentalement qu'une réaction anaphylactique intestinale était susceptible d'augmenter la captation d'allergènes intestinaux non spécifiques, lesquels en induisant une réaction allergique locale de type IgE, représentaient un facteur d'entretien et d'aggravation de la maladie. Ce processus secondaire pourrait jouer un rôle très important dans la transformation d'un processus pathologique limité en une véritable maladie chronique.

CONCLUSION

La barrière intestinale est un ensemble complexe, comportant des éléments spécifiques et non spécifiques de défense contre les agents infectieux. Ces éléments s'ordonnent autour de l'entérocyte qui occupe une position centrale. Ils concourent à sauvegarder son intégrité.

Le mucus semble jouer un rôle essentiel parmi les moyens de défense de la muqueuse intestinale. Les interactions du mucus et du système immunitaire digestif sont au coeur des conceptions les plus avancées de la défense intestinale contre les agents infectieux.

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